Cette mère en colère

14/04/2015 , In: Feel Good
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mer déchainée

SOurce : FlickR. Crédit : Alexandre Galbiati

Comment expliquer, comment décrire, comment parler de cette mère-là ? Elle me ronge, me submerge comme la marée haute : la colère. Je suis trop souvent à mon goût cette mère en colère. Une mère dont je ne veux pas pour mes mômes…

Ce pour quoi je lutte

Je ne veux pas qu’ils disent de moi que je ne suis que colère. Je ne veux pas qu’ils gardent cette image de moi quand je serai partie vers cet ailleurs inconnu.

Pourtant je pense au fond de mon coeur que c’est l’image qu’ils ont de moi. De ce démon en moi. Ce démon qui hurle. Longtemps j’ai cherché à étouffer cette colère. Mais cette émotion ronge si elle ne s’exprime pas, elle demande réparation.

Elle cache un océan d’émotions non exprimées, souvent enfouies que je me dois de digérer. Pour eux oui. Mais pour moi aussi.

Après la naissance de WonderKid, rongée d’inquiétude pour ma mère, j’ai tenté de trouver les réponses, de trouver les émotions du passé et du présent.

J’ai trouvé des réponses dans mon passé : les absences de mon père qui soignait sur son temps libre ses parents en fin de vie. Je passais en dernier, après le travail, après les grands-parents, après le travail de la maison. Il pensait qu’il rattraperait le temps perdu quand ses parents ne seraient plus là. Il ne savait pas qu’il mourrait un an après eux.

J’ai tu ces premières colères car ce n’était pas bien d’en vouloir à quelqu’un de si généreux, pas bien d’être jalouse de personnes en fin de vie. Moi je n’étais qu’une ado qui voulait profiter juste un peu de son père, qui voulait retrouver cette complicité de l’enfance…

Cette colère, je l’ai exprimé un peu après sa mort, face à l’injustice de cette mort prématurée. Je me suis apaisée, j’ai grandi et un jour je suis tombée enceinte.

Une grossesse qui, je le savais d’avance, serait sous surveillance. 10 ans après, je n’ai pas peur de dire que c’est la pire de celles que j’ai connue (malgré les joies des échos, de la préparation de sa venue, la joie d’apprendre que c’était un garçon). Un stress médical de tous les instants dès 4 mois de grossesse, cette mise en travail inexpliquée à 6 mois de grossesse, cette lutte de 7 semaines contre la prématurité. L’isolement, l’enfermement dans 9 m2 avec interdiction de sortir dans le couloir. La colère refoulée, la tristesse a commencé son travail de sape au bout de 5 semaines. J’ai tenu bon, m’habillant malgré tout, m’épilant, me raccrochant à ma dignité de femme malgré l’alitement. Je n’ai pas voulu céder à la colère de la situation. Pourtant, elle était injuste cette situation ! J’avais pris toutes les précautions du monde pour que cette grossesse se passe bien et non. Rien ne s’est bien passé.

Ma mère qui a commencé à débloquer en même temps. Ce poids immense depuis 6 ans d’être devenue la mère de ma mère. Un poids bien ancien car en fait, j’ai repris le rôle de mon père, moi l’ado de 14 ans. Mais depuis 6 ans, ma mère refuse de vivre. Elle m’a abandonnée alors que, même maman, j’avais et j’ai besoin de son soutien.

La colère contre ceux qui refusent de tendre la main « c’est le rôle de ta mère, elle ne veut pas ? tant pis pour toi« . Refouler la colère parce que ça ne se fait pas, parce qu’il faut aussi maintenir un réseau social familial et amical, parce qu’il faut montrer aussi l’exemple aux mômes.

Les moyens de lutter

La parole thérapeutique a suffi un peu mais le démon revient souvent. Je sais que la fatigue est mon pire ennemi, ma tendance perfectionniste aussi, mon envie d’être la hauteur des attentes des autres aussi.

Ma formation en éducation bienveillante m’a aidé mais je sais que c’est un travail de toute une vie pour moi. Depuis 6 ans, je lis énormément, pour la comprendre au départ (je recommande le livre de Filliozat Que se passe-t-il en moi ? sur ce sujet), pour gérer mes sentiments, pour les aider à s’épanouir de façon respectueuse.

Je suis pleine de bonne volonté quand je lis tout ça, quand je suis seule en journée à travailler et puis ils rentrent. Je me prends leurs émotions en pleine face, je n’arrive pas à ne pas me laisser absorber contre leurs sentiments négatifs. Et là, la mère colère revient.

Je me sens souvent comme la mer dont le flux et reflux de la marée change d’instant en instant.

Mon aîné avec qui je suis souvent en désaccord est finalement celui le plus semblable à moi émotionnellement.  C’est pourtant avec lui que j’ai le plus de mal à gérer les tempêtes émotionnelles. Je n’ai pas encore trouvé ce qui fonctionne le mieux avec lui dans nos conflits. Heureusement que nos discussions le soir nous rapprochent et nous soudent.

Mon deuxième est semblable à celle que j’étais au même âge, rêveuse, solitaire, qui fait tout lentement. Il a une mère qui speede tout le temps, qui a du mal parfois avec cet enfant si différent de son présent. Heureusement qu’il y a le jeu comme moyen de reconnexion, ce temps de jeu que j’ai temps du mal à caser dans nos emplois du temps surchargés.

Ma fille est celle que j’étais jeune adulte : responsable, serviable. Elle a eu la chance d’être arrivée au bon moment, où j’avais déjà mis en route les préceptes de bienveillance éducative avec une pointe de Montessori. Mais il y a eu aussi des clivages avec elle, peu nombreux c’est vrai. Heureusement qu’il a cette complicité mère/fille qui nous rapproche : les princesses, les habits, les bijoux, oui du futile mais dont elle est si fière de partager avec moi.

Mais pour prendre soin de mes mômes, je dois prendre soin de moi. Laisser la colère s’échapper pour laisser s’exprimer l’émotion qu’elle cache le plus souvent : la tristesse, la peur du jugement des autres, d’être jugé « mauvaise mère », la frustration de ne pas pouvoir suivre mes inspirations les plus profondes, la sensation d’abandon, le manque de relations sociales (le pire aspect du fait de bosser à la maison).

Trouver les moyens de voir le positif en tenant un carnet de gratitude (merci Florence Servan-Schreiber et son livre 3 kifs par jour) – mais j’oublie souvent le soir de le remplir, je m’écroule dans mon lit dès que 22h sonne.
Instaurer le rituel de célébration à table où chacun partage entre 1 et 3 meilleurs moments de sa journée (merci Christine Lewicki et sa série d’ouvrage J’arrête de râler… je n’ai pas encore réussi à passer le cap des 21 jours mais j’y travaille).
Travailler en mon for intérieur sur les Quatre accords toltèques de don Miguel Ruiz (mais que c’est dur ;-))

Cette automne, au coeur de problèmes personnels j’ai découvert la méditation de pleine conscience qui m’est d’une grande aide chaque jour pour mieux gérer les pensées et émotions négatives. Elle m’a permis de ne pas sombrer dans la dépression. Respirer, se concentrer sur l’instant présent, c’est mon travail de chaque jour. J’ai découvert deux auteurs qui m’aident beaucoup dans mon cheminement : Christophe André (Méditer jour après jour) et Jon Kabat-Zinn (A chaque jour ses prodiges)

Limiter mes actions quotidiennes, prendre soin de mon apparence et de mon corps m’aide aussi à lutter contre cette mère colère ou plutôt pour éviter qu’elle ne déborde sur la mère calme que je souhaite être le plus souvent.

Apprendre à dire non sera mon prochain défi.

Et toi, as-tu une mère colère en toi ?

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macaron-53billetsen2015

C’était ma participation au rdv #53billetsen2015 d’Agoaye sur le thème « ce pour quoi je lutte« .

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Retrouves moi sur :

  1. Répondre

    Pfiou ! Sidérant ce billet (dans le bon sens du terme).
    Tellement touffu et tellement malin… Bref j’adore !

  2. J’ai été touchée par ton article très sincère et très poignant. Je pense qu’il nous touche tous à un degré ou à un autre. Je ne pense pas être une mère colère car j’ai évacué beaucoup de démons avant la naissance de Poupette (en fait, je crois que je n’aurais même pas pu tomber enceinte, sinon…).
    Je te souhaite beaucoup de courage. Et pense aussi à prendre du temps pour toi. Rien que pour toi.

  3. Pingback: Un petit tour sur la blogosphère #7 - Blog pro allaitement maternel et maternage

    • Namelo
    • 15/04/2015
    Répondre

    Bonjour!! Oh la la comme votre billet me parle… je suis l’emblème de mère colère!!! Je suis tellement dans le stress, la colère et l’anxiété (tout est lié malheureusement) que je ne suis QUE mère colère… et j’ai beau me dire qu’il faut que je fasse l’effort, attention, que je prenne sur moi, que j’essaie de souffler, de me calmer… rien n’y fait! A la moindre chose, jecrie, je pars au quart de tour!! Et je me fatigue moi-même mais je n’y arrive pas… Vous me donnez le courage de vouloir continuer d’essayer!!! Merci beaucoup!!!

  4. Répondre

    Superbe billet. Meeci de partager des pensees si intimes avec nous. Jespere vraiment que tu trouvera ta paix interieur

  5. Superbe article. Je pense qu’on se reconnait toutes un peu dedans, pour des raisons différentes, en tant que mère, que fille, que femme…

  6. Répondre

    Waouh! Je trouve assez impressionnant tout ce que tu entreprends pour tenter de dompter la mère en colère qui est en toi. Bravo. Il n’y a pas de mère en colère en moi, sauf quand je trouve injuste que je sois la seule à tout faire pendant que le reste de la famille est dans le canapé et s’il y en avait une, je ne suis pas certaine que j’aurai la force d’en faire autant que toi.
    J’ai besoin de peu de chose pour sourire à nouveau et oublier les moments moins cools de la journée.

    Sois courageuse et bienveillante comme dirait la mère de Cendrillon 😀

  7. c’est une énorme claque ton article, car hormis les causes, j’aurais pu l’écrire. je ne sais pas si tu recherchais ce but, mais je me suis sentie moins seule d’un coup, avec mes colères mal maitrisées surtout lors d’épisodes de grande fatigue.
    Il faut que je lise Filliosat, ça fait partie de mes objectifs, cela en devient presque impératif.
    J’ai aimé ta franchise, j’ai aimé te lire. Parce que je ne suis plus seule. Et que tu ne l’es pas non plus.
    Merci !

    • Répondre

      Merci à toi pour ce chouette message, si ce billet peut aider, j’en serai ravie, il n’est pas facile d’être maman…j’ai quelques pistes que je veux exploiter à fond pour devenir celle que je rêve d’être

  8. Répondre

    Même si je n’ai pas de mère en colère en moi, je retrouve de ma famille dans ton texte. A la maison, c’est Chéri qui a un père en colère. Probablement dû à un père absent et à une mère égoïste qui le battait dès qu’elle avait un pet de travers… Il essaie d’aller mieux mais dans sa fierté d’homme, il refuse toute aide extérieure, que ce soit par des bouquins ou par des médecins. En tout cas, courage!! J’espère de tout coeur que tu vas réussir à trouver l’apaisement que tu cherches.

    • Répondre

      Je l’ai trouvé en partie mais c’est un travail de tous les jours, j’espère que ton chéri saura se faire aider, que ce soit par toi, d’autres ou des livres et courage à toi également.

  9. Répondre

    C’est un article très touchant. Je suis aussi une mère colère (encore plus en ce moment avec un corps qui ne semble ne plus m’appartenir et ne répondre à aucune règle pr ce 4eme bébé).
    Nous avons amené notre fils au CMP pour un bilan psychomoteur car il se cogne tojt le temps et une psy nous a d’abord reçu. Je lui parlais de ma frustration de crier sur mon fils et elle l’a interrogé. Il ne s’en rend pas compte…. et puis elle m’a dit qu’il fallait aussi que j’accepte cette colère et cette façon decommuniquer tant que cela fonctionne car nos vies, nos besoins ne sont parfois pas les mêmes que ceux qu’on peut lire dans des livres. elle a ajouté que nous avions tous le droit d’être en colère et de l’exprimer mais le devoir d’en parler toujours un peu plus tard. Alors je culpabilise un peu moins…
    on a aussi testé la pleine conscience avec les enfants par le livre Cd « calme et attebtif comme une grenouille »
    Courage!!

    • Répondre

      Moi je n’ai pas tenté avec mes deux derniers mais pour mon aîné, le yoga c’est déjà du n’importe quoi alors O_o Courage pour cette fin de grossesse (c’est pas demain la quille ?)

  10. Répondre

    Tu dois te douter que ce billet me parle, et à quel point ! Je suis moi aussi cette mère colère, cette mer avec son flux et son reflux…
    Ton billet montre que tu te connais, que tu sais quoi faire, même si tu penses que c’est parfois insuffisant. Tu te bats chaque jour pour dépasser cette colère, ça se sent, et tu comprends aussi que l’étouffer ne la fera que resurgir plus tard, plus fort. C’est chouette que tu trouves des moyens pour t’apaiser.
    De mon côté, j’ai appris à faire avec, aussi. J’ai arrêté de culpabiliser, surtout après en avoir parlé avec les plus-si-minis qui finalement se souviennent davantage des bons moments partagés que de mes éclats de voix passagers. Et quand je sens la bête remonter, je sais qu’il faut que je me défoule et je passe à l’acte (piscine, vélo, balade).
    De gros hugs pour toi, je sais à quel point ce sentiment de ne pas être la mère qu’on voudrait peut être néfaste 😉

    • Répondre

      Moi c’est un peu ça qui me manque, pouvoir me défouler, j’ai toujours au moins deux enfants avec moi… Merci pour ton message <3

  11. Un très bel article dans lequel tu nous ouvres ton coeur.
    Un très bel article qui montre qu’une maman c’est aussi une femme et une fille.
    Un très bel article qui nous fait réfléchir que les livres seuls ne sont pas la solution, le travail en amont et aval est tout aussi important.
    Un très bel article qui démontre que seul, il est difficile d’y arriver, l’entourage réel et virtuel permet de passer certains caps.
    Bon courage.

Un petit mot ?

Valérie

Blogueuse - Rédactrice Web

3 WonderMômes de 12 ans ,8 ans et 6 ans... et 1 WonderMum, une maman du Nord, fan de livres, de cuisine, de zentangles, de Blanche Neige. Bujo addict et Potterhead. Aspire à une vie plus green, plus slow et plus minimaliste (mais y'a du boulot ;-)).

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