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C’est elle. C’est moi. Unies, l’une près de l’autre sur la Grand’Place de Bruges, soudées depuis le départ de mon père. C’était le temps où je ne me doutais de rien, de rien de ce qui allait nous arriver, nous bouleverser. J’avais tout : l’amour, le boulot et ma mère était heureuse ou du moins elle semblait l’être.

Puis ce fut la dégringolade. Les premières douleurs lors de ma première grossesse, ses angoisses bien normales pour une mère lors de mon hospitalisation. Ce fut aussi sa première fois, du jour au lendemain, je ne l’ai plus vu, trop difficile de venir me voir. Elle n’est plus venue que le week-end.

Je lui ai trouvé une maison, pas loin de la mienne, elle qui n’étais plus heureuse dans son ancien quartier.

Oui j’y ai cru. Cru que de me voir heureuse, avec WonderBoy en bonne santé, avec un boulot et l’amour, elle serait heureuse. Mais je voyais bien le voile de tristesse qui la submergeait peu à peu.

Puis ce fut le moment de ma seconde grossesse. Le plongeon pour elle. Notre impuissance à mon mari et moi à lui faire remonter la pente. Ce fut les hospitalisations à répétition. Jusqu’à ce jour où elle n’est plus revenue. Où médecins et assistante sociale ont forcé la main pour la placer en EHPAD. Jusqu’à ce courrier déchirant qui m’annonçait que j’étais sa tutrice.

Comme un écho, j’ai reçu samedi une lettre du juge des tutelles. Me demandant de lui fournir avant la date anniversaire de la mesure un compte-rendu de ma « gestion » mais aussi ces mots « dire si son état s’est amélioré, est stable, s’est dégradé » et si je demande le maintien, l’allègement ou la suppression de la mesure de protection.

Bien sur, je suis également obligée de la faire « voir » à un spécialiste qui donnera son avis. Je dois être honnête également.

Va-t-elle mieux ?

Oui et non. 

Elle a retrouvé un poids normal, on est loin des 31 kg de l’été 2009. Oubliée la sonde qui la nourrissait pendant plusieurs mois. Elle mange normalement. Mais elle ne veut plus marcher.

Oui elle s’est cassée le col du fémur il y a quelques années mais elle est guérie. Mais elle ne veut plus.

La naissance de WonderGirl a été le premier pas vers son mieux. Pourquoi sa naissance à elle ? Mystère. Peut-être est-ce de voir une version de moi, plus jeune, plus blonde, qui lui rappelle sa propre maternité ? Je ne peux que faire des hypothèses.

C’est WonderGirl qui a réussi à la faire reparler un certain jour de Pâques. Depuis elle joue avec eux, imparfaitement mais plus que ce que WonderKid n’a jamais eu avant.

Elle s’est déjà enfui de l’EHPAD et me dit souvent « je ne suis pas heureuse ». Moi je suis malheureuse de la voir là. Elle pourrait avoir une plus belle vie si elle s’en donnait les moyens, si la maladie ne l’avait pas mis dans cet état.

Je lui ai souvent dit que si elle marchait, si elle n’était plus grabataire, bien sûr que je ferai tout pour qu’elle sorte de là. Je sais aussi que si les mesures sont en parties levées, elle pourrait revenir. 

Et que se passerait-il ? Revivrions-nous ce que nous avons vécu en 2009 ? Les coups de fil incessants, les demandes, les plaintes de maux physiques niés par la médecine ? 

Oui bien ces 6 années lui ont -elle ouvert l’esprit et ferait-elle tout pour saisir sa chance, cette seconde chance que j’ai toujours espéré avoir avec elle ? Cette seconde chance que je pourrais lui offrir si juge et médecins l’en jugent digne ?

Et, il ne faut pas se leurrer, il y a aussi de basses raisons, financières. Si les mesures sont allégées, les aides aussi ? Si elle reste là arrivera-t-elle à payer sans être ruinée en 10 ans ? Si elle retourne chez elle, se raisonnera-t-elle et essaiera-t-elle de gagner en autonomie, tant pour sa santé que pour son budget ?

Elle reste muette quand je parle de marcher et de rester seule a minima (la nuit).

Et quel impact, pour mon couple ? Pour mes enfants ? Avoir une grand-mère même un peu malade est une chance. Avoir une grand-mère qui leur vole leur maman, ça, ça ne serait pas leur rendre service.

Alors que répondre au juge ? Je ne suis et ne serais jamais dans sa tête.

Mais je suis déchirée car en fait, de toutes mes tripes, je rêve de lui offrir une seconde chance et qu’elle sache la saisir.

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