Comme tu le sais, ma mère est en fauteuil roulant et souffre de multiples maladies. Elle vit en maison de retraite médicalisée. C’est ainsi que mes deux derniers l’ont toujours connue. Souvent, quand j’entends parler les femmes de mon âge, parlant, elles, de la génération d’au-dessus, elles disent que la place de leurs enfants n’est pas dans les hôpitaux, les EHPAD, même de façon rare. Rares sont les liens enfants et arrières-grands-parents qui sont maintenus. Concernant ma mère et mes enfants, le choix a été inverse.

Pourquoi maintenir le lien enfant/grand-parent ?

Ma mère a été très heureuse d’apprendre l’arrivée de WonderBoy, même si ses angoisses ont commencé à refaire surface à ce moment-là. Elle le gardait le soir quand nous sortions, elle le gardait même un jour et demi par semaine.

Pourtant, elle a sombré quand j’attendais WonderKid… Quand il a eu 2 mois et demi, elle a été hospitalisée… une hospitalisation qui allait s’avérer au long cours. Jusqu’à ses 6 mois, il n’a pas eu le droit d’aller la voir. Mon grand pleurait quasiment tous les soirs de ne plus avoir sa Mamie. Alors qu’elle ne parlait plus, elle regardait toujours leurs photos.

J’ai grandi auprès de trois grands-parents malades. Mes grands-parents paternels étaient même mes voisins. Je les ai connus peu de temps en bonne santé. Ma mémé a passé les trois dernières années de sa vie allongée… mon grand-père dans un autre lit, dans la même pièce, hémiplégique. Mes parents s’en occupaient. Je n’y passais pas mes journées mais j’allais les voir de temps à autre. Mon autre grand-père était cardiaque. De la relation privilégiée que nous avions (j’étais petite-fille unique de ce côté-là), je garde des souvenirs magiques. Pourtant on n’allait jamais bien loin, il ne m’a pas emmené en vacances, les jeux étaient calmes… pourtant tout l’amour qu’il m’a donné valait les 1000 activités que j’aurais pu partager avec un grand-père valide.

Je regrette un peu de ne pas avoir eu une vraie relation avec ma grand-mère. Et c’est finalement « grâce » à la chimio de mon père que j’ai connu vraiment mon grand-père paternel. Il a cassé sa coquille de « bon vivant du Nord » qu’il gardait malgré son handicap pour m’ouvrir son coeur et je ne l’ai jamais oublié.

Ces moments restent de grands trésors de mon enfance que je n’aurai pas eu si mes parents avaient rompu le lien. Je ne veux pas faire la morale oh non, tu me connais trop bien je crois. Je dis juste que parfois c’est une chance qu’il faut savoir saisir, quand tout le monde sait qu’il y trouvera son compte.

Mes enfants n’ont pas peur du handicap ni de la maladie. Ce qui m’embête le plus, c’est quand on croise des personnes qui ont perdu l’esprit ou bien très atteint physiquement. Je dirais que c’est moi qui est plus mal à l’aise que les enfants. Ils me posent leurs questions, j’y réponds comme je peux. Ils ne cauchemardent jamais de ce qu’ils voient mais il faut avouer aussi qu’on va vite dans la chambre de ma mère pour avoir notre intimité. Nous pouvons parler librement et les enfants ne dérangent personne avec leurs jeux…

 

Comment maintenir le lien ?

C’est le numéro d’équilibriste. Maintenir une présence sans obliger, en n’en faisant pas une pression (chaque dimanche il fallait aller voir mon grand-père maternel, pression pour mes parents que je ne souhaite, ni pour mon mari et moi ni pour mes enfants).

Longtemps ce ne fut que notre présence dans sa chambre. Moi qui faisait le monologue de nos activités, qui faisait voir les photos de leurs vies d’enfant jusqu’à ces Pâques 2014. C’est des petits jeux entre ma fille et sa grand-mère depuis.  C’est partager un bout des fêtes, du mieux qu’on a pu jusqu’à Noël dernier… on y passait l’après-midi de Noël, on y passe le jour de l’An, à son anniversaire, à la fête des mères et des grands-mères… on y passe une à deux fois par mois.

Maintenir le lien et l’enrichir par d’autres activités maintenant que ma mère a des permissions de sortie pour avoir une autre relation qu’une simple visite en chambre : c’est partager un repas, aller à la fête familiale de l’EHPAD ou faire un tour dans un centre commercial.

Maintenir le lien sans forcer la relation. Mes fils sont plus en retrait, plus pudiques avec leur grand-mère. Pourtant, souvent, ils me disent le soir qu’ils sont contents de l’avoir vu. Son mutisme est un peu dur à gérer pour eux, on fait avec… C’était aussi dans son caractère « d’avant »…

Maintenir le lien, c’est parler d’elle « avant », de mon enfance et de mon adolescence, de l’amitié entre leurs deux grands-mères, des larmes de ma mère quand leur autre grand-mère est décédée…C’est faire voir des photos aussi…

Maintenir le lien, c’est aussi parler de ceux qu’ils n’ont pas connus, mon père et ma belle-mère, partager les belles histoires, les anecdotes mais aussi les heures plus tristes de leurs vies.

 

Faut-il forcer le lien ?

Ma mère aime ses petits-enfants, je le vois depuis toujours et je sais qu’elle ne parle que d’eux au personnel de l’EHPAD dans les jours qui suivent notre visite ou ses visites chez nous. Le lien n’est pas forcé. On verra ce qu’il adviendra à l’adolescence des enfants, quand aller voir Mamie sera synonyme de corvées. Pour l’instant, ils sont contents d’y aller, la puce prépare même à l’avance le jeu qu’elles feront ensemble.

Si tu as bien suivi, j’ai parlé de mes parents et de ma belle-mère. Les lois de la génétique étant ce qu’elles sont, il y a un quatrième larron dans la place…Enfin, dans leurs gènes. Car il a préféré couper les ponts avec ses enfants lors du divorce. Il sait qu’il est grand-père, ma belle-soeur lui ayant annoncé la naissance de son fils aîné il y a plus de 15 ans. Il n’a pas cherché à voir son premier petit-fils. Il ne l’a jamais vu et les quatre petits-enfants suivants non plus. Il ne verra sans doute pas celui qui viendra un jour chez mon beau-frère.

Il a coupé les liens… nous ne le forcerons pas… nous n’en n’avons même pas envie.

 

Et chez toi, quel est le lien entre enfants et grands-parents ? Amour, haine, indifférence ?

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C’était ma participation aux #jeudiseducation sur le thème « enfant et grand-parents ».

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La semaine prochaine, nous parlerons de la place des parents à l’école.

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